Green Zone

7 01 2011

Parler de politique sans faire de politique, un pari réussi pour Paul Greengrass ? Le réalisateur est attendu au tournant après les deux remarquables épisodes de la Bourne Trilogy. Avec Green Zone,film d’action situé au coeur d’une poudrière, il cherche à mettre cette course sur le fil du rasoir au service de son efficacité dramatique.

Retrouvant ici Matt Damon, l’acteur-token dont la collaboration avait été si fructueuse dans Bourne, Greengrass lui offre un rôle qui colle à son emploi : sergent un peu borné, un peu simple parfois, mais bon comme du bon pain et d’une droiture à toute épreuve. Ce personnage vaguement monolithique – la psychologie n’est ici pas au coeur des préoccupations de Greengrass – se trouve placé bien malgré lui au coeur d’une embrouille politique de haut vol, la blague des ADM (ou Armes de Destruction Massive). Voyant échouer l’une après l’autre ses missions, il finit par sentir l’arnaque et s’allie avec la CIA, qui n’a pas le mauvais rôle pour une fois, contre le Département de la Justice, présenté comme adversaire, pour mener à bout sa course folle vers la vérité.

Green Zone est un excellent film d’action. Des plans caméra à l’épaule succèdent à des panoramiques impressionnants dans un paysage désertique et ravagé. Le grain des scènes de nuit filmées parfois à l’infrarouge et la vue subjective, donnent le sentiment d’être au coeur d’un jeu vidéo particulièrement bien designé. Les événements s’enchaînent, courses poursuites en tank dans une Bagdad reconstituée, discussions lourdes de menaces, atmosphère prenante de thriller bien ficelé.

Pourtant, aborder une question aussi vaste que celle des Armes de destruction massive ne pouvait se faire sans parti pris. Pas très ami avec Bush, Greengrass crie au complot politique, et effleure au passage une foultitude de vrais sujets. La question des populations face à l’envahisseur, la question du double jeu diplomatique mené par la plupart des officiels de part et d’autre du front, la position d’une presse manipulée parfois avec un semi consentement, tout y passe. Mais à traiter de questions qui n’ont pas encore cessé de faire débat l’on prend le risque de tomber dans des raccourcis saisissants. Ce piège, Greengrass ne l’évite pas. A l’inverse il saute dedans à pieds joints : nombre de ses ressorts cinématographiques reposent sur des postulats psychologiques faibles et des vérités générales assénées sans préavis.

Green Zone est un film à voir. En termes de travail sur le suspense, Greengrass n’a rien perdu de sa superbe et c’est toujours un plaisir de le voir développer les rouages de son action. En revanche, à l’entrée de la salle mieux vaut oublier que ces événements ont lieu dans un contexte réel : perdus dans les dunes intergalactiques, des cyborgs torturent de bons sauvages et leur reprochent leur verroterie, pendant qu’un héros solitaire lutte pour la justice et la vérité. Une histoire vieille comme le monde, qui aurait pu se passer de l’Irak pour exister.

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