Ne pleure pas Judith…

7 01 2011

Sortie le 31 mars 2010, Un film de Judith Godrèche

Lucie traverse sa vie sans la regarder, prise entre un timide talent de chanteuse qu’elle subit plutôt qu’elle ne le développe, un amant qui ne quittera pas sa femme, et le regard pâle d’une enfance dont son inconscient ne parvient pas à se défaire. C’est ce personnage évanescent, qui peine à se définir autrement qu’en creux, que Judith Godrèche choisit de placer au centre de son premier film, promettant de transformer la chrysalide en papillon sous l’œil du public.

C’est un défi d’envergure, que de vouloir maîtriser de bout en bout la création d’un film, d’endosser la responsabilité triple de former un personnage sur le papier, de l’animer sur la pellicule et de lui prêter ses traits. Judith Godrèche est une habituée de la troisième épreuve, elle a passé la première quelques fois, en publiant un roman puis en participant à l’écriture des films où elle tournait ; quant à la réalisation, elle en est ici à son coup d’essai.

C’est pourtant par l’écriture qu’elle pèche le plus. Des personnages aux caractères insuffisamment dessinés échangent tout le long du film des répliques qui s’entrechoquent sans parvenir à faire jaillir le sens. Les mots font défaut, sont banals ou abrupts, souvent empruntés, ne sonnent pas juste. Toute discussion finit par prendre la forme d’un exercice d’acteur.

Les acteurs, quant à eux, ne semblent pas y croire non plus, tant leurs yeux se fixent trop souvent sur un point vague loin du plateau. L’innocence de Lucie manque de profondeur, sa rêverie est trop peu intérieure, et dans un film où, paraît-il, toutes les filles pleurent, pas une seule fois elle ne peut se contraindre à se mouiller les yeux. Eric Elmosnino ne parvient pas à faire oublier sa performance récente en Gainsbourg et flotte d’un bout à l’autre du film dans un nuage d’antipathie.

Pourtant, dans les interstices de silence, quand les voix trop connues ou trop incertaines se taisent et laissent place à l’image, le miracle a lieu. Au son des ballades folk de Julien Doré, étonnamment adéquates, les visages des acteurs se détendent, sortent de la torpeur où les plonge l’impuissance du langage, et la caméra se fait intime. Dans ces moments-là, l’atmosphère naît d’une mélodie ou d’une lumière, d’un regard soudainement naturel, d’un geste filmé avec grâce. Eux seuls laissent aux acteurs la latitude de faire preuve de talent, eux seuls permettent de comprendre l’attrait de la petite fille solitaire et naïve, en quête d’une volonté plus ferme dont elle ignore elle-même l’objet ; une enfant orpheline dont une femme tente péniblement d’émerger.

Desservi par un projet sans doute trop ambitieux de la part de Judith Godrèche, Toutes les filles pleurent n’est pas une réussite au point du vue du scénario ni au point de vue de l’interprétation. Bien autre chose qu’un échec pourtant, il est une promesse : c’est sous sa casquette la plus récente que Judith Godrèche offre ici la meilleure surprise, dans un film dont le point fort est, contre toutes attentes, la réalisation.

Lire aussi la critique sur Artistik Rezo

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