Tournée, ou pourquoi les hommes préfèrent les rondes

7 01 2011

Tournée, c’est le nouveau film de Mathieu Amalric. Tout le monde en a déjà entendu parler, parce que prix de la mise en scène à Cannes, que Mathieeeeeeeeeeeeeeeeeeeuuuuuuu (exit Patrick, les groupies ont trouvé mieux), et que bli et que bla. Au cas où vous vivriez néanmoins dans une grotte, un petit pitch pour commencer.

Joachim est un producteur de télé, plus ou moins à succès, mais dont on devine très vite qu’il n’a pas les dents assez près du plancher pour percer réellement dans le milieu. Quelque part hors champ, avant le début du film, Joachim s’effondre, lâche tous ses potes, ses relations de boulot, les sales mecs qui te feraient payer de ne pas leur lécher les pompes, alors partir en les oubliant, encore plus… Il lâche aussi accessoirement sa femme et ses deux mômes, et sous le coup d’un démon de midi, file en Amérique.
On le retrouve au début du film au moment où il repose le pied en France. Dans l’intervalle, le rêve américain a porté des fruits inattendus, et de producteur désabusé d’émissions insipides, voilà Joachim flanqué d’une troupe entière de danseuses plantureuses et peu vêtues.
Le film, construit comme une juste et touchante pièce d’humanité, emmène le spectateur au gré d’une ballade sur les routes de France à l’issue de laquelle Joachim n’aura pas accompli tous ses rêves mais en aura trouvé d’autres à rêver. YEAAAAAAAAAAH ! Comme il le glapit à la fin du film.
Pour résumer Tournée est un très bon film. Allez le voir, ne vous ennuyez pas, profitez de ces moments de cinéma rares où l’on vous raconte juste la vie, pas sa vie, pas des vies, et surtout pas le moment terrifiant où la vie bascule dans le gouffre. Juste la vie prise à un moment presque aléatoire, un basculement comme tant d’autres basculements, où l’on croit s’être trouvé. Mais peut-on jamais en être sûr.
Foin de compliments. Parlons un peu de choses qui fâchent.

Parce que Tournée, malgré le charisme – de plus en plus décati, il faut bien le dire – de Mathieu Amalric, c’est avant tout elles !

Mimi Le Meaux

Dirty Martini

Kitten on the Keys

Mais mais mais… Mais où sont passées les midinettes anorexiques, les Fluo Kids, les Baby rocks, les gamines du XVIe propres sur elles et qui font de la coke leur manière luxueuse de transgresser des lois sociales qui sont gravées jusque dans la pointe de leurs Marc de Marc Jacobs (no offense meant pour ce cliché manifeste destiné à illustrer ma cause) ?
Pas là en tous cas. Elles sont plus loin, à Paris, l’ex-terre promise où la merveilleuse troupe de Joachim ne mettra pas les pieds. Ici, elles sont pulpeuses, bonnes mangeuses, grandes et belles, avec un ventre, des fesses, des seins, des tatouages, maquillées comme des camions mais simples comme des vraies femmes, en fait. Elles sont fortes et autoritaires mais pleurent comme des gamines, elles sont plus grandes que les hommes, qui parfois les brisent, elles tiennent en haleine une salle par le mouvement de leur poitrine, mais elles jouent avant tout de leur corps pour critiquer, se moquer, porter un regard tendre ou acide sur un monde dont elles saisissent les subtilités avec intuition et fraîcheur.

Alors, j’en ai entendu des « Ouais je vais pas aller au ciné pour mater des meufs moches », « Mais elles sont obèses », « Ouais vu le gabarit normal que le film envoie du lourd » et j’en passe. Seulement voilà, moi, du haut de mon 1m63, 50kg, bâtie comme une crevette anorexique, je les trouve magnifiques ces meufs, qui de la pointe du téton et du biais de faux-cil peuvent créer une atmosphère, une émotion que je ne pourrais pas créer avec l’ensemble de mon petit gabarit, et de mon petit esprit.
Au moment où les faux-cils restent dans la main tremblante de Joachim, où Amalric regarde avec tendresse ses actrices, où l’on ne sait plus très bien si c’est vraiment du cinéma, cette rencontre avec des personnalités flamboyantes qui jouent leurs propres rôles, c’est avant tout la générosité de ces putain de nénéttes que le réalisateur met à nu, des vraies femmes, des Rembrandt dont on croyait avoir cassé le moule. Qui ont tellement plus la classe que les avatars rachitiques que l’on nous impose comme canon unique et absolu – et à qui, dans un film méritant amplement sa récompense, Amalric envoie un gigantesque « Merde ».

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