Top 10 Ciné 2010

9 01 2011

En ce second dimanche du mois (mais le premier a-t-il vraiment compté ? Le 2 janvier ne mériterait même pas d’exister…) il est temps de faire le bilan de l’année ciné 2010. Ce n’est pas une tâche facile, parce que 2010 n’est pas loin d’être la meilleure année cinéma depuis une décennie. Du coup, chacun a ses petits favoris, et il faut trouver un compromis entre le ressenti personnel face à un film et l’importance qu’il peut avoir, en termes d’évolution du cinéma ou de son auteur.
Vous remarquerez sans nul doute quelques grands absents : je n’ai toujours pas réussi à voir l’imprononçable Palme d’Or, ni le très plébiscité Toy Story 3. En l’état, en mon âme et en ma conscience, voici cependant le résultat.

1. Dans ses yeux

Ce film, grand oublié des palmarès probablement parce que pour certains il appartient déjà à 2009, est sorti sur nos écrans au premier semestre 2010 après un Oscar du meilleur film étranger. A l’époque, on avait tous regretté que Un Prophète rate la timbale. Puis on a vu Dans ses yeux
Parler de révolution du cinéma serait sans doute emphatique ou faux, Dans ses yeux est un film humble qui ne prétend pas modifier les genres. Mais c’est un film juste, où la douleur et la tendresse cohabitent et permettent de mener l’action à une fin optimiste, malgré la violence sanglante, l’horreur silencieuse et le sentiment de suffocation, éprouvé par les personnages, souvent partagé par le spectateur. En demi-teintes et en nuances, servi par un jeu d’acteur remarquable, Dans ses yeux mérite à mon sens une première place cette année.

2. The Social Network

Le biopic qui met en scène le brillant fondateur de Facebook était très attendu. Mark Zuckerberg, multi-millionaire récent, est un personnage aussi diabolisé que glorifié, homme de l’année suivant le Times, mais aussi mauvais génie de l’annihilation progressive de notre vie privée (au dire de certains, en tous cas). The Social Network exploite pleinement ce contraste dramatique en dépeignant un personnage égocentrique, brillant, cinglant, attachant et détestable – il parvient ainsi à ne jamais tomber dans les travers inhérents au genre, à savoir la glorification nostalgique ou la déchéance tragique. Difficile de trouver un défaut au film, du scénario à la photo, les éclairs de génie ne manquent pas, et tout est calibré à la milliseconde. Il manque peut-être un peu d’âme à cet opuscule, prétentions à l’objectivité obligent, mais to each its own.

3. Fantastic Mr. Fox

Si un cinéaste ne manque pas d’âme, c’est bien Wes Anderson. L’homme qui porta Bill Murray en haut de l’affiche dans La vie aquatique est connu pour ses productions loufoques et colorées, peuplées de névrosés en tout genre dont les mésaventures amusent et intriguent le spectateur avant de susciter une affection aussi inexplicable qu’indéfectible. Pour son premier film d’animation, il nous apparaît une fois de plus à côté de la plaque, délaissant tout effet spécial pour un univers peuplé de marionnettes, avec pour résultat une image saccadée où on voit le plan par plan et où on devine la pâte des poupées. Pourtant c’est justement là que la magie prend, dans cette animation aussi simple et excellente que de vieux jouets en bois. Les névrosés sont toujours là bien sûr, le fils mal-aimé, le père rêvant de liberté, la mère désemparée, mais sous les traits de petits renards vifs et chapardeurs. Bonheur garanti.

4. Inception

Ici, on quitte l’univers de l’artisanat pour sortir l’artillerie lourde. Effets spéciaux en masse, casting prestigieux où l’incontournable Di Caprio côtoie la mignonne Ellen Page et la très (trop ?) présente sur les écrans Marion Cotillard, scénario monumental qui a demandé à Christopher Nolan 10 ans de réflexion rédaction… Inception est l’expérience cinéma la plus incroyable de l’année, scotchant là le pourtant révolutionnaire Avatar et sa 3D. On reprochera au film la mauvaise gestion de personnages secondaires trop effacés, on s’interrogera sur la pertinence de trucs narratifs qui créent de toutes pièces un suspense là où il n’y en avait en fait pas… Surtout, on regrettera que passée la claque au sortir de la salle, il ne reste pas grand-chose de ce polar multi-couches, auquel il manque celle de la véritable émotion. Pour autant, le spectacle demeure, et mérite d’être célébré.

5. Shutter Island

Di Caprio, encore lui, prête son visage torturé de jeune premier déchu à cette adaptation du roman de Dennis Lehane. Scorsese, à qui on a beaucoup reproché un goût excessif pour la théâtralité, tire ici le meilleur parti de son défaut : musique assourdissante, acteurs poussés à leurs limites, paysage décharné, intrigue complexe. La mayonnaise du suspense prend remarquablement bien. La plupart des scènes sont à couper le souffle, et deviner ou non la fin n’a pas grande importance, tant la pression du huis clos sur cette île oubliée des dieux est efficace. Mark Ruffalo représente un contre-poids convaincant à un Di Caprio poussé aux limites de la folie. Reste un léger arrière-goût d’inachevé, comme si le film se finissait moins bien qu’il n’avait commencé, mais on sort de la salle avec le sentiment d’avoir partagé une terrifiante expérience de plongée dans les méandres de la psyché.

6. Des Hommes et des Dieux

Ce n’était pas une tâche facile, que de prétendre réaliser un film qui parle de spiritualité, sans jamais tomber dans le pathos, le prosélytisme, la leçon facile. Xavier Beauvois la relève avec brio, aidé par un Lambert Wilson captivant. L’histoire des moines Cisterciens de Tibhirine fait office d’inspiration – presque de base documentaire tant le film est fidèle aux faits – à cette œuvre lente, calme, triste mais pas tragique. La vie des huit hommes au contact de la population, leur influence cruciale sur le développement d’un village dont pourtant ils ne partagent pas la religion, le rythme de leurs prières au fil des saisons, constituent l’essentiel de la narration. En parallèle à ces rythmes de méditation, l’on sent se resserrer autour d’eux les étaux de tous les extrémismes qu’ils côtoient sans jamais y céder, princes d’intelligence et de tolérance. Enlevés et assassinés en 1996 dans des circonstances mystérieuses, le récit de ces quelques années de leurs vies se clôt sur une note mélancolique mais curieusement apaisée. Malgré quelques scènes franchement inférieures à d’autres en termes d’écriture ou de travail de transition, cet OVNI mérite sa place au panthéon.

7. A single man

Magnifique objet esthétique, le premier film de Tom Ford captive de la première image où des corps nus se frôlent dans l’eau, à la fin amèrement ironique de l’œuvre. Tout est placé sous le signe d’une beauté tirée à quatre épingles, à l’instar du personnage remarquablement incarné par Colin Firth. Il fallait du cran pour s’attaquer à l’adaptation d’une nouvelle de Christopher Isherwood, romancier dont l’intérêt réside essentiellement dans la capacité à fasciner et la puissance ironique. Pour un premier film, Ford réalise un coup magistral, en ne négligeant aucun de ces deux aspects, et en présentant des plans d’une beauté grinçante. Rétrospectivement cette beauté peut sembler artificielle tant elle est parfaite, mais à l’instar de l’adaptation de La Mort à Venise par Visconti en 1971, l’esthétisation poussée à son paroxysme mène, ironie suprême, l’œuvre à la frontière d’une laideur assumée. Avant de clore la démonstration par l’absurde. Logiquement pour une adaptation de nouvelle, le film peut sembler manquer de profondeur, mais mérite incontestablement d’être vu.

8. Tournée

On avait appris à aimer Mathieu Amalric acteur, on le découvre ici de l’autre côté de la caméra, pour un pari risqué : celui d’apporter aux écrans français la fraîcheur d’un art bien connu aux Etats-Unis, le cabaret Burlesque. Le prétexte à cette rencontre est le personnage de Joachim, incarné par Amalric, un ancien abruti télévisuel qui, pris d’un démon de midi, traverse l’Atlantique. Il revient transformé, bien plus humain, et lancé dans l’entreprise utopique de faire fonctionner une tournée de danseuses Burlesques à travers la France entière, avec en point de mire, Paris. Le film permet d’abord de faire rencontrer au public français les artistes qu’Amalric met à l’honneur, ces très belles femmes, aux formes voluptueuses et aux spectacles pleins de talent et d’ironie, où la critique sociale occulte l’importance des jeux sensuels. Mais on est aussi captivé par le parcours initiatique de Joachim, sauvé par les femmes, qui au fil du film se libère jusqu’à hurler son humanité retrouvée. Une œuvre drôle et tendre, qui ne révolutionne rien mais se montre pleine de bon goût et de talent.

9. Mr. Nobody

Dans un univers futuriste où l’Homme a gagné l’immortalité au prix de l’indifférence, le dernier humain mortel s’apprête à y passer, et revient à cette occasion sur les moments charnières de son destin. Mais il n’a pas qu’une seule histoire : tissu de toutes ses destinées possibles, Nemo Nobody se raconte à chaque instant différent, bouleversé par un choix, rester ou courir, prendre la main ou la lâcher, aimer une femme, ou une autre, ou une troisième. Associant intelligemment l’humanité à la capacité de faire un choix et au droit fondamental à l’échec, Jaco Van Dormael démontre par contraste que la vie ne vaut d’être vécue que parce qu’elle est brève et qu’un choix, occultant tous les autres, nous pousse vers l’avant. Sans oublier la très belle musique de Pierre Van Dormael, décédé peu de temps après la fin du film. Sans être aussi spectaculaire que d’autres films, Mr. Nobody a le mérite d’être d’une grande inventivité, et de nous permettre de revoir un Jared Leto au mieux de sa forme.

10. A serious man

Pour être totalement honnête, je suis passée entièrement à côté de A serious man. Je ne suis pas parvenue à saisir la totalité du propos Coenien auquel je suis pourtant sensible. Peut-être la vision en DVD a-t-elle privé le film de la grandeur qu’il devrait avoir sur un écran de cinéma – heureusement, les ressorties de début d’année permettront d’en avoir le coeur net. Cependant, il mérite nettement le top 10, par l’intelligence déjantée de son scénario, le jeu impeccable des acteurs, et cette sensation caractéristique de plonger dans un univers que seuls les Coen auraient pu créer. Rendez-vous en une prochaine occasion (ou dans vos commentaires ?) pour comprendre ce que j’ai bien pu manquer à la première vision, qui m’a interdit l’accès aux profondeurs de cette œuvre complexe.

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2 responses

11 01 2011
Toyboy

Pas de soul kitchen, Toy story 3, kick ass, tu sers vraiment à rien, quoi…
PS: bon, je te pardonne, t’as bien 70% du même top 10 que moi, c’est pas trop mal….^^

12 01 2011
Vuuv

Pouah :p Quand je pense que tu te plains alors que j’ai mis The Social Network en 2eme, par égards pour toi ! Tu devrais avoir honte.

(Pour le peine je vais me regarder Toy Story 3 ce soir ou demain).

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