Hong Kong, a city that never sleeps

11 01 2011

J’ai toujours trouvé curieux que, dans presque tous les endroits où on parle « culture », on ne l’entende que rarement dans son sens pourtant le plus fascinant : celui de culture étrangère. Si bien que je prétends rester parfaitement dans le thème de mon blog en me permettant, de ci et de là, d’y inclure des récits de voyages ou des portraits de villes. C’est avec une ville étrange, atypique, que j’ai envie d’entamer cette série : Hong Kong, une capitale financière en pleine explosion où les immeubles touchent le haut de montagnes dont les nuages noirs venus de Chine recouvrent les sommets.

***

Entre colonialisme et communisme

Deux univers...

Il n’y a pas de mesure à Hong Kong. Pas de juste milieu. C’est pourtant ce qu’on pourrait attendre d’une métropole que les Anglais ont dominée pendant des siècles avant que la Chine ne reprenne, il y a une dizaine d’années, ce petit lopin de terre. Mais loin de simplement mélanger les cultures et en atténuer les particularités, Hong Kong semble avoir gardé le plus éclatant, le plus frappant des deux.
Ainsi, les bâtiments élancés aux lumières éclatantes, qui cachent dans leurs étages une vie entière de clubs, de restos, de boutiques, trouvent à leurs pieds des petits marchands chinois avec pignon sur rue. Entre deux gratte-ciels de 30 étages, des marchés colorés proposent aux passants des porte-monnaies bariolés ou des sacs faussement Vuitton.

L’odeur de l’argent

Hong Kong est une des villes les plus riches du monde. Les plus grandes banques y ont implanté des centres névralgiques d’où des centaines de traders et de conseillers financiers irriguent les marchés de l’Asie. Certains quartiers transpirent cette richesse par les boutiques de haute couture qu’on y trouve à la même fréquence que des Monoprix à Paris.
Avec cette débauche d’argent viennent aussi les moyens de le dépenser. Si les transports coûtent quelques centimes (2 euros le trajet en taxi), si les restaurants de tous les coins du monde sont bien plus abordables que sous nos latitudes, d’autres hobbies occupent les expatriés.
Des clubs où de jolies filles viennent respirer l’odeur de l’argent pullulent du côté de Kowloon. Des restos hype accueillent en soirée les guerriers du grand capital à Soho, sur les hauteurs de Central.
Enfin, Wan Chai, le quartier des prostituées, s’anime à la tombée de la nuit, et des filles à peine sorties de l’adolescence exhibent des cuisses frissonnantes aux passants. Des scènes incongrues parsèment cette vie nocturne : à l’ouverture des sex shops, les mères maquerelles font brûler devant l’entrée de l’encens bouddhiste, bénissant ainsi leur corporation réprouvée.

Des ados jouent au basket à Wan Chai

Un fonctionnement par corporations

La ville entière est animée par ce principe de corporations. Central, le quartier des boutiques richissimes, côtoie Wan Chai, quartier des putes et des plombiers, à la lisière duquel le Computer Center abrite tous les magasins d’informatique de la ville – où les prix sont bradés. Plus loin encore, Causeway Bay fait figure de quartier hype où les magasins de mode et les ados bien habillés sont légion.
Si les expatriés européens et australiens habitent pour la plupart dans le centre de la ville ou sur la remarquablement jolie péninsule de Kowloon, la population chinoise, elle, se niche dans des trous de souris entre les zones essentielles de la ville, mais aussi loin, plus loin, dans les Nouveaux Territoires où le vent souffle.

Au fil de l’eau

Construite littéralement sur l’eau, Hong Kong se définit par ce tropisme. On monte pour s’éloigner du port, on redescend vers lui. Des ferrys relient les deux parties de la ville l’une à l’autre, mais permettent aussi d’aller vers d’autres destinations, des petites îles éparpillées tout autour de l’île principale, où la vie est beaucoup plus pittoresque. Des bateaux de pêche mouillent dans les ports, des poissons séchés occupent de centaines de mètres d’étalages, et si l’on emprunte les petites ruelles qui s’enfoncent dans le coeur des îlots, on y trouve du linge qui sèche aux fenêtres et des boutiques minuscules, presque des bouges, où l’huile de vidange côtoie les fruits exotiques.

Derrière la ville, la vie

Enfin, derrière toute cette vie bien réglée qui occupe les semaines hong-kongaises, une ville autre se joue dans les interstices de silence. Le dimanche, tandis que les expatriés cuvent leur boisson de la veille, ou partent se promener dans les magnifiques hauteurs verdoyantes qui surplombent la ville, une véritable nuée de moineaux s’abat sur les rues désertées. Les maids Philippines, qui viennent pour une bouchée de pain tenir la maison de leurs riches maîtres à Hong Kong, profitent de leur unique jour de repos. Ces femmes ont laissé derrière elles leur famille tout entière, et disposent pour toute liberté de ce jour et de deux semaines de vacances. Pourtant leur position, par le salaire et le traitement qu’elles y reçoivent, est infiniment meilleure qu’elles ne le serait dans leur pays.

Les maids philippines


Mais le dimanche, leur temps leur appartient enfin, et c’est ensemble qu’elles le passent, cachées à l’abri de la pluie dans des halls d’immeubles ou des ponts couverts. Elles jouent aux cartes, parlent sans doute du pays, et habitent enfin cette ville où les autres jours les passants pressés ressemblent davantage à des ombres.

***

Ville de tous les contrastes, nimbée à la fois des relents de la vieille gloire coloniale anglaise et des fumées nocives de la misère chinoise, prise entre le mouvement inlassable des gens pressés qui habitent l’espace comme un nouveau New York, et la population plus ancienne, plus diverse de ses occupants naturels, Hong Kong fascine. Et, très curieusement, finit par mettre à l’aise, donner le sentiment d’être chez soi. Malgré l’absence patente d’occupations culturelles, la pauvreté des quelques cinés jetés là où des blockbusters tournent en boucle, Hong Kong est habitée d’une vie propre, diverse, particulièrement riche, qui en fait une cité incontournable de ce début du XXIe siècle.

Crédits photo auteur, pour en voir plus vous pouvez visiter ma page Flickr

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2 responses

11 01 2011
Elle de Duo D'Idees

Quelle jolie façon de décrire HK. J’y suis allée en juillet et août dernier, à l’occasion d’un séjour en Chine. J’ai eu énormément de mal à me faire à cette ville à mon arrivée, trop grand, trop bruyant, trop chaud, j’étais également totalement perdue, et je détestais Kowloon. Après avoir arpenté la campagne et les villes chinoises, je suis revenue à HK comme on revient à la maison, cette ville m’avait bizarrement manqué! Après avoir pris soin de ne pas remettre un pied à Kowloon, et avoir repris contact avec des expats Allemands habitant près de Soho, j’ai arpenté les rues avec une décontraction impressionnante: je me sentais (presque) chez moi.
Donc oui, je te rejoins totalement, ville absolument atypique, où le manque de culture tel qu’on le conçoit généralement en France rencontre une effervescence culturelle au sens de mixité: toute la plaque asiatique s’y retrouve, toutes les influences, du présent comme du passé, sont là, suivant que l’on soit au pied d’une tour, au 1er étage, ou dans les hauteurs…
Mon seul regret: m’y être trouvée à une époque où la chaleur était intenable.
Une seule envie: y retourner, pour m’imprégner un peu plus de sensations nouvelles!

Elle de Duo D’Idées

12 01 2011
Vuuv

Ah merci beaucoup pour ce commentaire, il complète magnifiquement ce que je voulais dire !
J’adhère entièrement pour la chaleur : en Asie l’été est vraiment insoutenable, j’avais aussi fait Tokyo en juillet et le sentiment d’avoir une serviette chaude et humide sur le visage devient vite très très oppressant…

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