Le Discours d’un Roi

11 02 2011

Le discours d'un RoiQuelque part à la fin des années 20, un jeune homme bègue se vit confier son premier discours public. Plein d’appréhensions, il échoua naturellement à mener à bien sa tâche, et dut s’adresser pour l’y aider à un thérapeute bien peu conventionnel. L’Histoire fit de ce jeune homme un roi. Hooper et Seidler en firent un film.

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Un film historique ?

Colin FirthComprimant le temps historique pour servir le propos dramatique, Le discours d’un roi fait débuter son action dans les années 30. Albert, duc d’York, est le fils cadet du roi George V. Son frère aîné, David, est destiné à prendre la succession de son père, et Albert, tranquille officier de marine, partage sa vie entre le train-train protocolaire, sa famille, et son incapacité maladive à s’exprimer en public.

Mais c’était sans compter l’un des scandales les plus sulfureux du XXeme siècle : David s’amourache d’une divorcée américaine, Wallis Simpson, et moins d’un an après son couronnement, abdique pour l’épouser. Laissé face à son destin, Albert, rebaptisé George VI, n’a pour alliés que son épouse, l’exaspérante et charmante future reine mère, et son thérapeute, un acteur australien raté, Lionel Logue.

La situation se présentait avec un potentiel comique que le duo Hooper-Seidler ne cesse d’exploiter. Petit monument d’humour anglais, le film attire d’abord la sympathie du spectateur en enchaînant des scènes jouissives.
Par ailleurs, des libertés historiques et une grossièreté volontaire du trait laissent George V, Churchill, Edouard VIII et Wallis Simpson sur le carreau. Mais peu importe : les personnages secondaires ne sont ici qu’un prétexte. Leur intervention est utile uniquement en ce qu’en ce qu’elle permet de nouer le lien entre les remarquables Colin Firth et Geoffrey Rush.

Un duel d’acteurs

Firth RushDe fait, loin d’être une simple histoire de rédemption ou d’un exploit personnel, le film est le récit d’une collaboration entre deux hommes, qui se mue à l’écran en un duel d’acteurs – dont Geoffrey Rush sort gagnant. Si Colin Firth est extraordinaire dans un rôle à contre-emploi, où ses airs habituels de séducteur timide sont remplacés par les crises caractérielles d’un prince généreux mais trop gâté et trop puni, il ne résiste pas à la puissance de Rush. Le personnage complexe de Logue, cabot gouailleur et insolent avec ses patients et les institutions, mais lâche et petit face à ses rêves et sa vie personnels, offre au talent de Rush un espace immense, qu’il exploite à la perfection.

La dimension la plus intéressante de l’intrigue devient alors ce jeu d’emboîtement où les faiblesses de l’un sont atténuées par la stature de l’autre, le roi prêtant au professeur sa grandeur, le professeur au roi sa voix. Tous deux, enfermés dans leurs univers, étouffent. Logue fait mine de l’ignorer en poursuivant en vain des rêves de théâtre, tandis qu’Albert, mis au pied du mur, n’en est que trop conscient. Mais placés face à face, les deux hommes offrent chacun à l’autre une entrée dans l’espace auquel ils aspirent : celui de la réalisation personnelle pour Logue, celui de la liberté pour Albert. Ainsi, loin de faire du médecin un outil dans un film célébratoire à la gloire d’un roi, Le discours d’un roi place au contraire les deux protagonistes au même niveau, en fait des « égaux », comme le demande Logue à Albert : « dans ce bureau, nous sommes tous égaux ». C’est là sa plus grande réussite narrative.

Révolutionner la photographie

Close upMais une autre réussite étoffe le film : imperceptiblement, tout en discrétion, Danny Cohen impose avec sa photographie une paisible révolution. Pas d’usage spectaculaire du grain ici, la lumière est sobre et de bon goût. Pas de couleurs criardes : nous sommes en Angleterre, pays où il bruine par dessus les rayons du soleil. La lumière la plus extravagante est sans doute celle d’une scène en extérieur où un fog très londonien recouvre les pointes des arbres et découpe les personnages sur un fond pâle et ouaté.

La nouveauté est ailleurs : dans un film de l’étouffement et de la promiscuité, la caméra accorde la forme à son objet. L’essentiel des scènes est tourné au grand angle, avec une caméra volontiers collée aux acteurs, ce qui a pour effet de déformer les visages et de provoquer avec le spectateur une intimité presque gênante. Parfois, le sentiment d’être face à un miroir sans tain par lequel l’on observe le film devient si fort que l’étouffement des personnages se communique à la salle.

A d’autres moments, le grand angle s’éloigne et découpe les personnages sur un fond hétéroclite et brouillon, les singularisant, les isolant encore de leur environnement. Des angles inattendus, plongées et contre-plongées, enrichissent l’espace visuel du spectateur, qui est régulièrement mais subtilement dérouté par la vivacité de la caméra.

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Servi par la finesse de l’écriture anglaise, Le discours d’un roi est un film très drôle, touchant par moments, qui évite les écueils du ridicule comme de la sensiblerie. Une photographie très créative sans jamais verser dans le mauvais goût ou l’excès, une musique de qualité écrite par l’incontournable Desplats, quelques scènes déjà mythiques : à sa manière calme et subtile, le film est aussi une petite révolution. Mais c’est surtout une extraordinaire rencontre d’acteurs, et s’il fallait une catégorie à cette œuvre inclassable ce serait celle-là : la mise en place d’un duo splendide, digne des plus grandes associations du cinéma.

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